epreuve du bac

Fuite de sujet à un examen !

La France est choquée par ce cas : un jour avant l'examen de mathématiques du baccalauréat, quelqu'un a divulgué sur Internet un exercice qui semblait avoir été réussi par 165.000 candidats. Pour l'instant, trois personnes ont été arrêtées pour avoir violé un des piliers de la société française : le "Bac".

 

Il y a peu d'institutions plus françaises que le Bac. Comme tout ce qui compte dans ce pays, le baccalauréat est abrégé. Presque tout le monde en France sait qu'il a été inventé par Napoléon en 1808, mais personne n'ignore que l'obtenir signifie pouvoir entrer à l'université ou ne pas être condamné à la marginalité et à l'opprobre.

 

Car dès la plus tendre enfance, les enseignants expliquent à l'élève que la scolarité et les efforts qu'elle implique n'ont qu'un seul horizon : " obtenir le Bac ". Et les parents répètent comme un mantra à leur progéniture qu'ils peuvent faire de leur vie ce qui leur vient à l'esprit, mais "d'abord, le Bac passe".

 

Le diplôme convoité n'est pas seulement la condition préalable aux études supérieures. C'est un rite d'initiation qui permet aux Français de devenir adultes, une tradition annuelle qui a lieu à l'aube du solstice d'été du Nord et à laquelle toute la tribu française participe.

 

Les mêmes scènes se répètent tous les mois de juin : des familles anxieuses et insomniaques à la veille de la réussite de l'adolescente à l'examen ; des librairies pleines de livres avec des indices et des résumés pour préparer l'examen ; des offres en pharmacie pour doper l'assimilation et la vigilance ; des conseils de médecins à la radio et à la télévision pour arriver reposé et de psychologues pour relever le défi, ainsi que des innombrables légendes urbaines des éditions antérieures de l'examen.

 

La plus récurrente est celle de l'élève qui, dans l'évaluation de la philosophie, a dû parler de la question "Qu'est-ce que le courage ? Et il écrivit : "Le courage est ceci" et remit la feuille avec cette seule annotation. La dernière image de la séquence est celle des enfants hystériques qui découvrent dans les portes de l'école les listes avec les noms de ceux qui sont passés, qui l'ont fait avec une mention, qui devront aller au terrain de jeux et, les derniers, qui sont devenus un paria social.

 

Dans la vie de tout Français, il y a un avant et un après Bac. Et comme si cela ne suffisait pas, Bac ne s'arrête pas là. Des années plus tard (des décennies plus tard), le Français qui participe à des événements sociaux, et surtout s'il prend encore un verre, se souviendra avec une précision vivante et étonnante du sujet de l'examen de philosophie, de la note de mathématiques, qu'il ait touché ou non ce qu'il venait de réviser des heures auparavant et, toujours, du fait qu'il rêve encore aujourd'hui, habituellement en cauchemar, que le redoutable Bac passe encore.

 

Sans parler des 15% de la population qui ne comprend pas. La plupart sont privés d'une clé essentielle pour entrer dans le monde du travail, même si certains hommes héroïques ont réussi à survivre, voire à réussir. Les Français connaissent les noms de ces quelques exceptions, ce qui ne fait que confirmer la règle selon laquelle sans Bac il n'y a pas de salut.

 

Pendant ce temps, un groupe d'élèves et de parents a rassemblé 15 000 signatures et s'est rendu au ministère de l'Éducation pour que le responsable de ce portefeuille, Luc Chatel, annule l'annulation de l'exercice de mathématiques s'il ne voulait pas que l'affaire soit portée devant la justice, ce que plusieurs élèves font déjà à titre personnel dans différents tribunaux du pays.